Fin 1999 un réveil difficile attendait la France ainsi que nombre de Rambolitains. La tempête avait frappé pendant la nuit dévastant ...

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1999 - 2007

Le calme après la tempête
Forêt de Rambouillet


Fin 1999 un réveil difficile attendait la France ainsi que nombre de Rambolitains. La tempête avait frappé pendant la nuit dévastant tout sur son passage, laissant un sillage impressionnant sur le massif forestier de la forêt de Rambouillet. Retour sur les stygmates d'un coup de vent exceptionnel.

Qu'est ce qu'une tempête?

Les tempêtes et les dépressions assurent la stabilité des températures climatiques que l'on observent dans l'atmosphère. Elles sont la forme que prennent dans les latitudes, au delà des tropiques, les nécessaires échanges de chaleur entre l'équateur, qui pour simplifier, reçoit trop d'énergie du soleil, et les pôles qui en manquent.
Les tempêtes sont plus actives dans l'hémisphère d'hiver car le déficit polaire à combler réclame plus d'échanges. Entre autres rôles, les dépressions assurent surtout l'essentiel de la ressource en eau douce des régions tempérées.

D'où les tempêtes tirent elles leur force dévastatrice?

Une analogie simple résume l'essentiel. Les dépressions sont un moteur naturel et provisoire qui transforme en vent «l'essence» contenue dans le rail des dépressions. L'idée est la même que pour l'automobile. Avec un réservoir d'essence posé sur des roues, on ne va guère loin. L'énergie (chimique) contenue dans l'essence ne constitue qu'un potentiel qui ne va pas spontanément se convertir en énergie cinétique (en vitesse). La vitesse des roues et de l'automobile est crée par le mélange de l'essence et de l'air au sein d'un arrangement particulier des pièces mécaniques que constituent le moteur.
L'essence, à elle seule, n'explique en rien le mouvement des voitures, pas même qu'affirmer qu'il y a un fort contraste thermique dans le rail des dépressions n'explique les tempêtes mais le contraste thermique influence quand même le rendement du moteur.
On ne peut entrer ici dans les détails du fonctionnement du moteur. Disons simplement qu'un bon moteur de voiture dépend de la synchronisation du piston et de l'étincelle, l'augmentation du vent dans une dépression dépend de la synchronisation, au sein du rail, d'un modeste tourbillon précurseur vers 9 km d'altitude et d'un autre, décalé vers l'est, près du sol. Ce n'est donc pas «l'alimentation» en air chaud ou froid qui fait la dépression, c'est la dépression, source du vent et donc des déplacements d'air, qui fait circuler autour d'elle l'air qui lui permettra de s'amplifier davantage ou non.
L'analogie simpliste avec une automobile est utile, mais elle est limitée. Toutefois, les considérations énergétiques mises en avant ici ne doivent jamais être perdues de vue.

26 Décembre 1999, un coup de vent qui marquera les esprits.

Certains s'étonnent de l'étendue des régions frappées par la tempête de 1999, elle était «très grande» . C'est que nous ne sommes pas habitués à nous trouver sous le centre des dépressions météorologiques (elles passent normalement au nord-ouest, nous ne connaissons que leur partie sud-est). Aussi, nous associons les vents violents et les dégats associés plutôt aux orages et aux grains, isolés ou organisés, typiques des situations d'été ou de début d'automne. Dans ce cas, les régions touchées sont beaucoup plus restreintes.
Pour le météorologiste, en revanche, cette tempête était plutôt petite. L'échelle caractéristique d'une tempête est plutôt 1500 à 2000 km (de diamètre), alors que la taille caractéristique de la France est de 1000 km. Cette taille (1500 à 2000 km) est importante pour leur fonctionnement même; elle joue un rôle dans l'orientation de leur trajectoire.

L'ouragan du dimanche 26 décembre

Des vents d'une violence exceptionnelle ont accompagné une dépression très profonde (960 hPa à 7 h 00 aux environs de Rouen) qui a traversé de part en part et très rapidement le nord du pays dimanche matin 26 décembre 1999. La trajectoire de cette dépression suit d'ouest en est une ligne approximative le long du 49e parallèle. Cette dépression qui touche le Finistère le 26 décembre vers 2 h locales se situe sur Strasbourg aux environs de 11 h, elle s'est donc déplacée à environ 100 km/h.
La zone de vents les plus violents ont balayé une bande d'une largueur de 150 km environ à proximité immédiate de la dépression, tout le long de cette trajectoire, côté sud, sur un axe pointe de Bretagne — sud de la Normandie — Ile-de-France — Champagne-Ardennes — Lorraine — Alsace puis Allemagne.

Outre les vents exceptionnellement fort mesurés dans l'intérieur des terres, cet ouragan est exceptionnel par le creusement de la dépression qui s'est accentué sur terre, en raison probablement d'une interaction forte avec les courants jets d'altitude qui étaient proches de 400 km/h à 9000 m d'altitude.

Quelques précisions de la part de Milène Gentils, responsable de l'Unité Territoriale de Rambouillet depuis deux ans.

Gaël Cotonnec : Pouvez-vous nous dire ce que la tempête à eu comme influence sur la forêt de Rambouillet?

Milène Gentils : L'une des conséquences aura été de devoir réviser le plan de gestion de la forêt de façon anticipée. D'une durée de 25 ans auparavant il s'échelonne maintenant sur une durée de 20, et sera à nouveau révisé en 2025. C'est notre "bible", c'est le document qui cadre la gestion forestière pour les années à venir. Mais dans le premier ce fut de nettoyer la forêt et de vendre les bois dans les meilleures conditions commerciales et financières possibles. A Rambouillet l'effet le plus grave fut la quantité de bois tombé à terre et pas forcément celui arrivé au bon âge pour une commercialisation, la tempête n'a pas fait de tri. Beaucoup de résineux (Pins Sylvestre principalement) ont été touchés, il faut savoir qu'il leur faut une centaine d'années pour arriver à leurs meilleures dimensions. Mais compte tenu qu'ils avaient tous été plantés à la même époque il n'en reste presque plus dans cette forêt depuis la tempête.

GC : La quantité de bois tombée à Rambouillet équivaut à quoi? Pouvez-vous nous donner une échelle pour en prendre toute la mesure?

MG : En fait elle ne représente que 4% de la surface du massif forestier, mais l'impact visuel a été tel que cela pouvait donner l'impression que c'était beaucoup plus important. Néamoins en mesure d'exploitation de la ressource en bois la tempête à mis à terre en une nuit l'équivalent de dix années d'exploitation. C'est ce qui explique la chute du prix du bois, sachant que d'autres pays européens ont aussi été touchés. L'O.N.F. à l'heure d'aujourd'hui se relève à peine des effets de la tempête. Depuis un an l'équilibre financier à l'O.N.F. se rétabli, le cour du Chêne se rétabli et retrouve un cour équivalent à ce qu'il était avant la tempête, ce qui n'est pas le cas du Hêtre, ce qui pose un vrai problème. Mais malheureusement pour le chêne par exemple nous n'avons plus les volumes à mettre en vente que nous avions avant la tempête.

GC : Combien de temps va t'il vous falloir pour retrouver un "fonctionnement normal"?

MG : Pour l'approvisionnement de la filière bois à titre d'exemple nous récoltions entre 2004 et 2006 un volume de bois de 47 000 m3 par an alors que nous prévoyons maintenant 30 000 m3. Sans oublier que si nous vendons moins, il nous faut investir plus pour replanter d'où les difficultés rencontrées.

GC : Sur un plan écologique quel est l'impact de cette tempête?

MG : Cela n'a pas été la catastrophe annoncée. Peu d'éspèces ont été menacées, les cervidés n'ont presque pas été touchés, mais il est intéressant de constater qu'au contraire les trouées, clairières ou plus vastes étendues que la tempête a créer ont permis l'apparition de nouvelles espèces comme les Chauves-souris par exemple. Pour les autres espèces pas de réels changement pour cette forêt qui compte de très nombreuses espèces protégées. En conclusion si pour l'O.N.F. le coup a été finacièrement rude, pour la nature et la forêt c'est loin d'être une catastrophe mais il ne faudrait pas qu'une seconde tempête équivalente se reproduise ces prochaines années car même si pour la forêt se serait un nouveau coup dur elle se rétablirait plus aisément que nous.

Texte & photos : Gaël Cotonnec

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