Patrimoine et transports à Rambouillet.De 1831 à 1901, la population rambolitaine double pratiquement. La ville se dote des édifices nécessaires à son rang de sous-préfecture, mais elle n'offre pour tout lieu de culte...

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Le clocher-porche de Saint Lubin (Collection Thierry Liot)

19ème édition des Journées du Patrimoine
Patrimoine et transports à Rambouillet

L'église Saint-Lubin

De 1831 à 1901, la population rambolitaine double pratiquement. La ville se dote des édifices nécessaires à son rang de sous-préfecture, mais elle n'offre pour tout lieu de culte qu'une petite église vite jugée insuffisante. En 1847 déjà, l'architecte parisien Gauthier dresse les plans d'un nouvel édifice, mais le conseil municipal s'en tient finalement à quelques travaux de restauration et de consolidation sur le sanctuaire médiéval, travaux confiés à Philibert Caziot pour 2 000 francs. Il faut attendre 1860 pour qu'enfin le maire de Rambouillet, Maûquest de La Motte, réactive le projet d'une nouvelle Saint-Lubin.


Il en confie la réalisation à Alexandre de Grigny (1815-1867), un architecte d'Arras qui lui est recommandé. Une correspondance s'ensuit alors entre le tout désigné maître d'œuvre (auteur de l'église catholique de Genève, mais aussi d'une quarantaine d'édifices religieux du Nord de la France) et le pouvoir local qu'en 1863 il éclaire sur l'usage économique de vieux matériaux : " Je pensais (…) qu'en débitant les bois de l'importante charpente de la vieille église, on ferait un plancher solide dans toute l'étendue de la nouvelle (…). Les pierres dures et les grès, les nervures des voûtes et les colonnes pourraient être employés au soubassement du clocher (1) ". Le dernier projet de Grigny est sévèrement critiqué par Hippolyte Blondel, l'architecte diocésain. Dans son rapport de 1863, il lui reproche entre autres de " n'avoir eu aucune connaissance des matériaux en usage dans la localité, aussi au-dessus des murs en maçonnerie de moellons il élève une flèche en pierre de taille d'un poids énorme (2)". Pour couper court au dissentiment survenu entre les deux hommes, le maire et le conseil municipal organisent un concours public qui sera finalement remporté par Anatole de Baudot.

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C'est à Viollet-le-Duc que Baudot emprunte l'idée d'associer dans son projet une structure économique et rationnelle avec un style médiéval considéré comme " expression privilégiée de la foi chrétienne (3) ". L'utilisation performante des colonnes en fonte, que l'architecte retient pour les colonnes de la nef, suscite quelques réactions hostiles. Beaucoup imaginent qu'en " contrastant avec l'ensemble d'une construction en pierre, moellon et brique, ces colonnes produiraient non seulement un mauvais effet, mais (qu') elles n'inspireraient pas (non plus) une confiance suffisante au point de vue de la
stabilité (4) ". Baudot cependant entend bien concrétiser son projet, et suite à une lettre très argumentée qu'il adresse au maire en juillet 1866, la décision est prise de fondre les colonnes, dans un atelier du Mans.
Des trois sites soumis à leur réflexion pour l'emplacement de la nouvelle église, les Rambolitains portent leur choix sur le plateau qui domine le bourg. Ils le préfèrent à la grande parcelle du presbytère s'étendant de l'ancien sanctuaire à la rue Troussevache (actuelle rue Lachaux), où Louis XVI projetait de reconstruire l'église médiévale, comme ils le préfèrent aussi à la place de la Foire (actuelle place Félix Faure), à mi-chemin entre la gare et le château.


Pilier en fonte dans la nef de Saint-Lubin. (Collection du presbytère de Rambouillet)


L'intérieur de Saint-Lubin par Anatole de Baudot. (Collection du presbytère de Rambouillet)


Place du Palais de Justice, le 27 mai 1906. (Collection Daniel Grignon)


Le clocher-porche d'Anatole de Baudot, que la foudre n'épargnera pas le dimanche 10 septembre 1916, s'impose par sa position dominante comme un symbole de l'urbanisation du Second Empire. Il marque l'aboutissement d'une perspective qui relie, dans l'axe du palais du roi de Rome, le bourg d'origine au pôle administratif des 19ème et 20ème siècles.

Le transport des statues de Saint-Lubin. Toussaint, emballeur Parisien (13, ruedu Dragon), est chargé en 1872 d'acheminer à Saint-Lubin deux statues en pierre (les anges de Gaudron et d'Antoine Zoegger) ainsi qu'une statue en plâtre de la Sainte Vierge par Zoegger. Dans son mémoire de transport adressé à la Ville, il déclare s'occuper du " chargement au palais de l'industrie, descendre les statues de dessus les selles, faire un châssis pour la Vierge pour en faciliter le transport.

(La note comprend aussi le déplacement) à l'église de Rambouillet (…), (les) frais de matériel, 3 voitures, 3 chevaux et 4 hommes, le temps (passé qui se totalise à) 3 jours, (…) (et les) frais de route (…). (Le total s'élève à) 339,90 francs (5) ".

Une montgolfière au chevet de l'église en 1906.
Le rédacteur du Petit Journal relate la fête organisée à Rambouillet, le 27 mai 1906, pour l'assemblée générale de l'Union des sapeurs-pompiers de Seine-et-Oise. " Après la réception à la mairie, la revue et le défilé des compagnies et des sociétés musicales, l'assemblée générale s'est tenue sous la présidence de M. Maurice Berteaux, député, ancien ministre de la Guerre. Puis, sur la place du palais de
justice (entre le chevet de l'église et le presbytère), a eu lieu l'ascension du ballon le Petit Journal, aux acclamations enthousiastes d'une foule de sapeurs-pompiers qui témoignaient ainsi à notre grand organe populaire leur sympathie et leur gratitude pour l'initiative qu'il a prise à leur profit (…). Nous ne saurions passer sous silence la bonne grâce et la belle humeur avec laquelle la population rambolitaine s'est associée aux réjouissances organisées en l'honneur des sapeurs-pompiers de Seine-et-Oise (6) ".


Illustration du Petit Journal. (Collection Bibliothèque Florian.)

(1) Lettre d'Alexandre de Grigny au maire de Rambouillet, 1863. Archives municipales de Rambouillet, série M II 200 (1) c.
(2) Service des bâtiments diocésains, Rapport sur un projet d'église pour la ville de Rambouillet par Hippolyte Blondel, 12 avril 1863. Archives municipales de Rambouillet, série M II 200 (1) c.
(3) Pérouse de Montclos (J.M.), dir., Le Guide du patrimoine, Ile-de-France, Paris, 1992, p. 69.
(4) Lettre d'Anatole de Baudot au maire de Rambouillet, 16 juillet 1866. Archives municipales, série M II 200 Saint-Lubin (1) c.
(5) Mémoire de transport fait pour le compte de la ville de Rambouillet pour l'église. Par Toussaint, emballeur demeurant à Paris. Archives municipales de Rambouillet, série M II 200 Saint-Lubin (2) l.
(6) Le Petit Journal du dimanche 3 juin 1906, La fête des sapeurs-pompiers de Seine-et-Oise, à Rambouillet, L'ascension du ballon le " Petit Journal ", p. 170. Médiathèque municipale Florian.


Fiche réalisée à l'occasion de la 19ème édition des Journées du Patrimoine, sous l'égide de la direction du développement culturel de la ville de Rambouillet.
Directeur de la publication : Jocelyne Bernard, Directeur du livre et des archives.
Conception et réalisation : Thierry Liot, Chargé de mission à la direction du développement culturel.
Tous droits réservés, Direction du développement culturel et Direction du livre et des archives.
Clichés photographiques sans mention particulière : Collections des archives municipales de Rambouillet (clichés Thierry Liot)


Médiathèque Florian, 5 Rue Gautherin 78120 Rambouillet. Tel : 01 61 08 61 10
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